Women's Learning Partnership

Le dialogue sur la culture et le féminisme

Le 5 septembre, lors de la réunion des partenaires transnationaux, WLP a organisé une séance spéciale sur la culture et le féminisme basée sur l'article « Culture et droits des femmes » de Mahnaz Afkhami. Selon Afkhami, « la culture est le mode de perception à travers lequel les individus, les groupes et les sociétés interagissent et appréhendent leur environnement. Une façon de voir la culture est de la penser comme ayant trois dimensions qui interagissent : les faits, les valeurs et l'esthétique. Les faits sont liés à la question de ce qui est - c'est-à-dire la vérité et les mensonges, les valeurs sont liées à la question de ce qui devrait être - c'est-à-dire le bien et le mal et l'esthétique est liée à ce qui est appréciée et ce qui ne l'est pas - c'est-à-dire la beauté et la laideur. Evidemment, toutes les dimensions de la culture peuvent changer et changent avec le temps. La culture est donc dynamique et change en réponse aux modifications des conditions et des besoins. »

« Dans les sociétés traditionnelles les trois dimensions de la culture correspondent pratiquement toujours. Les sociétés modernes sont par définition des sociétés qui ont traversé et traversent des changements culturels. Dans les sociétés occidentales les changements culturels sont organiques - c'est-à-dire que les impulsions des changements sont principalement venues de l'intérieur. Dans les sociétés non occidentales le changement vient principalement du contact avec des sociétés plus puissantes... En conséquence, dans les sociétés en développement le changement culturel est associé à l'impuissance et au fait d'être perdu, ce qui entraîne de nombreuses prédispositions antagonistes, y compris la nostalgie d'un passé imaginé. Cela me semble être la principale cause de l'attractivité du fondamentalisme dans certaines couches de la société dans ces pays. D'un autre coté, parce que les sociétés contemporaines sont interconnectées et dynamiques et que les individus dans ces sociétés sont de plus en plus conscients de leurs droits et de leur capacité d'acteurs, les changements sont inévitables et c'est pour ces raisons que les tentatives d'immobilisation de la culture mèneront presque toujours à la violence... Trouver un équilibre dynamique entre les exigences contradictoires du changement culturel non-violent est un travail important pour tout groupe qui cherche à promouvoir les droits des femmes et l'égalité des sexes. »

La discussion modérée par Jacqueline Pitanguy a aboutit à un débat vif au cours duquel les partenaires ont partagé leurs points de vue et leurs perspectives sur le croisement entre la culture et le féminisme. Puisque la culture du patriarcat sert de fondement institutionnel à l'organisation des relations entre les individus au sein de la famille, de la communauté et de la société, et que cette culture est renforcée par la religion, les traditions populaires, les organisations du pouvoir familial, organisationnel et politique, tout changement dans le sens de l'égalité et la justice ne peut se faire sans changer la culture patriarcale. L'égalité des sexes ne peut être atteinte sans le changement de la culture hiérarchique, compétitive et agressive qui favorise non seulement les hommes mais les hommes d'une race, d'une ethnicité, d'une classe socio-économique ou politique particulière. Les participantes ont discuté de l'importance de la prise de conscience et de la mobilisation de l'opinion publique, surtout dans la situation mondiale actuelle qui rend le discours sur le changement culturel, les droits humains et l'égalité des sexes indistinct de ce qui est considéré comme de la « propagande occidentale ».

Elles partagent l'idée que même si la population mondiale soutient les droits universels, la hiérarchisation et la méthode de mise en œuvre des droits doivent être discutés en fonction du contexte dans lequel ils seront réalisés. En lien avec cela, le groupe à discuté de l'importance d'ajuster le langage en fonction de ce qui est positif et à du sens dans la communauté et de favoriser les références à des personnalités culturelles, des mythes et des récits admirés et acceptés. Les participantes ont indiqué que des mots tels que « féminisme", « genre », "philanthropie" ou "espace privé", n'existent pas dans certaines langues et ont des sens différents dans d'autres. Elles ont parlé de l'importance d'utiliser des mots qui ne créent pas un antagonisme inutile mais portent néanmoins notre message de droits et de justice.

 

 

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