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Faire face à la crise, créer le changement: difficultés et stratégies des partenaires de WLP

2005-2006 a été une année difficile pour les partenaires de WLP. L'insécurité croissante liée aux guerres et aux conflits au Liban et en Palestine, la montée de l'extrémisme et du fondamentalisme en Afghanistan, en Jordanie et au Maroc, l'autoritarisme grandissant du pouvoir politique en Ouzbékistan et au Zimbabwe et une législation de plus en plus restrictive pour les ONG en Egypte ne sont que quelques exemples des environnements complexes dans lesquelles nos organisations partenaires travaillent pour le pouvoir d'action des femmes. Alors que les difficultés augmentent, les partenaires de WLP ont jugé nécessaire de se réunir, de partager leurs expériences et de se renforcer mutuellement. Nous avons discuté de la façon dont nos programmes et nos processus culturellement adaptés pouvaient surmonter ces nouvelles barrières. Les partenaires ont proposé des stratégies pour faire face aux obstacles et des méthodes pour garder à l'esprit une vision de long terme tout en soutenant le travail des organisations civiques et des groupes de femmes pendant ces périodes de crises.

LES DIFFICULTES

L'expansion du fondamentalisme

L'expansion mondiale du fondamentalisme crée de nombreuses difficultés pour les organisations féministes et les femmes qu'elles servent. Les événements du 25 septembre ont été un triste rappel aux femmes en Afghanistan et aux femmes dans le monde qui se battent pour l'égalité des droits que des groupes qui s'y opposent se battent aussi. La militante afghane des droits des femmes, Safia Hama Jan a été tuée à Kandahar sur le chemin de son travail. Hama Jan était une militante motivée et franche des droits des femmes et de l'éducation des filles. Elle a été directrice régionale du ministère afghan des affaires féminines depuis sa création en 2002. Son assassinat, sans doute un acte d'agression des Talibans, est un des nombreux meurtres de responsables gouvernementaux dans la région. Alors que la situation sécuritaire devient plus volatile et que l'insurrection gagne du terrain dans le pays, les femmes sont visées avec une régularité effrayante et les attaques d'écoles et d'institutions d'enseignement sont de plus en plus nombreuses, ce qui inquiète très fortement les groupes féministes. La récente réouverture du département de la vertu et de la prévention du vice qui avait été crée par les Talibans limitera sans doute le progrès social dans le pays et portera préjudice aux mouvements des droits des femmes et des droits humains.

L'organisation partenaire de WLP en Jordanie, le Sisterhood Is Global Institute/Jordan (SIGI/J), a fait l'objet de manifestations d'hostilité de la part des fondamentalistes. En juillet de cette année, le site Internet en arabe sur les droits des femmes et les violences faites aux femmes de SIGI /Jordanie, lu quotidiennement par 12 000 personnes, a été attaqué a de nombreuses reprises par des groupes fondamentalistes. La troisième fois que le site Internet a été attaqué, la plupart de leurs bases de données ont été détruites, et la restauration du site a été extrêmement difficile. Le groupe fondamentaliste a posté sur le site « Au nom de Dieu nous attaquons et détruisons ce site ».

Alors que le Maroc continue de créer des vagues dans la région par des initiatives de promotion des droits des femmes, les organisations de femmes commencent à ressentir les réactions des fondamentalistes. Le Maroc a fait les gros titres récemment lors de la nomination d'une femme, Ain al-Shaq, au poste de gouverneur d'un district à l'extérieur de Casablanca. Il s'agit de la première nomination d'une femme à un tel poste depuis l'indépendance du Maroc en 1956. En juin, l'Association Démocratique des Femmes du Maroc (ADFM), a co-organisé une conférence sur la levée des réserves et la ratification du protocole facultatif à la convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (OP-CEDAW). Le premier ministre marocain, Driss Jettou a déclaré que le gouvernement se pencherait sur la levée des réserves à la convention, CEDAW, ce qui mènerait à une plus grande égalité entre les hommes et les femmes dans le pays, particulièrement en ce qui concerne la transmission par les femmes de leur nationalité à leurs enfants. Le militantisme accru des groupes féministes et le soutien gouvernemental pour les questions des droits des femmes entraînent une réaction des fondamentalistes qui utilisent divers moyens pour lutter contre les efforts progressistes. L'organisation partenaire de WLP, l'ADFM, ressent aujourd'hui l'impact de cette réaction.

Une insécurité croissante liée aux guerres et aux conflits

Les conflits dans les pays partenaires de WLP, le Liban et la Palestine, en juillet et août, ont entraîné la mort de centaines de civils, de grandes destructions d'infrastructures et le déplacement de nombreuses personnes. Les femmes et les enfants ont été victimes du conflit de façon disproportionnée. Les organisations de femmes sur le terrain ont été parmi les premières à tendre la main aux familles déplacées, évaluant les besoins des femmes et des enfants et s'assurant que les femmes jouent un rôle actif dans la coordination des efforts humanitaires.

Ces organisations, parmi lesquelles le partenaire de WLP au Liban, le Collective for Research and Training on Development-Action (CRTD-A) ont transféré d'importantes ressources de leurs actions sur le pouvoir d'action des femmes et la défense de leurs droits vers la satisfaction des besoins des femmes pendant le conflit et le rôle des organisations de femmes dans la coordination de l'action. Elles ont été capables de mobiliser la base très rapidement grâce aux programmes d'action qu'elles mènent de longue date. L'enjeu est maintenant de garantir que les femmes ne perdent pas du pouvoir économique et l'indépendance qu'elles ont gagnée au fil des ans à cause des pertes matérielles et financières liées au conflit, ainsi que les pertes d'emplois.

L'organisation partenaire en Palestine, Women's Affairs Technical Committee (WATC), considère que le haut niveau de pauvreté dans le pays est l'une des difficultés majeures qui freinent leur action. A mesure que le conflit se durcit, la pauvreté grandit, ce qui rend encore plus difficiles les progrès sur les questions des droits des femmes. Le manque de ressources et d'infrastructures et les limites du soutien international rendent certaines zones de Palestine où agit WATC quasiment inaccessibles. Les communications au sein du pays et vers l'extérieur sont limitées à moins d'une heure par jour en raison du manque d'électricité et d'essence pour les générateurs de l'organisation.

Une législation restrictive pour les ONG

Les organisations de femmes font face à des difficultés liées à des mesures légales et extralégales prises par des gouvernements afin de limiter le travail et l'influence des ONG. En Egypte, une nouvelle législation rend le fonctionnement indépendant des ONG quasi-impossible, nie la liberté d'association et empêche leur travail en faveur de la promotion de la réforme et des droits humains. La loi restreint la création, les activités et le financement des ONG et donne au gouvernement des pouvoirs discrétionnaires qui lui permettent de dissoudre des organisations. L'état a aussi le pouvoir de décider qui est membre du conseil d'administration des ONG, à quelle fréquence se réunissent les comités exécutifs et qui peut être invité aux conférences. Le partenaire de WLP, le Forum for Women in Development (FWID), attend depuis plus de six mois que le gouvernement lui permette d'organiser des ateliers de formation au leadership pour les femmes.

L'autoritarisme grandissant

Les partenaires de WLP font aussi face aux difficultés liées à l'autoritarisme grandissant dans plusieurs pays, ce qui mène à la fermeture des organisations de femmes ou au fait que le maintien de leur activité quotidienne devienne quasi-impossible. Au Zimbabwe, les organisations de femmes gèrent une situation humanitaire complexe qui est rendue plus difficile par des actes de violence sporadiques. En 2005 elles se sont débattues avec l'opération de « nettoyage » du gouvernement au cours de laquelle plus d'un million d'urbains pauvres ont été expulsé en plein hiver de Harare et d'autres centres urbains. L'opération Marambatsvina, ce qui signifie "sortir les poubelles", a semé la peur et les souffrances alors que la police a arrêté des vendeurs de rue et des marchands de marchés aux puces, surtout des personnes à bas revenus, surtout des femmes, qui survivent grâce à du petit commerce. L'organisation partenaire de WLP, Women's Self-Promotion Movement (WSPM), qui travaille avec les femmes dans le secteur informel et les camps de réfugiés, a dû adapter son travail afin d'aider leur public à faire face aux difficultés liées à cette opération gouvernementale, y compris la perte de leurs emplois et de leurs revenus.

Les difficultés de financement

Dans la plupart des pays du Grand sud, la philanthropie se concentre surtout sur les dons à des œuvres charitables et religieuses. Les organisations des droits des femmes dépendent quasi-exclusivement du volontariat et du soutien international. Mais le financement s'est réduit avec le changement de l'environnement global. Par exemple, un certain nombre de fondations privées américaines et d'agences publiques européennes réduisent aujourd'hui leur soutien aux droits des femmes.

Les participantes ont discuté du changement de priorités de la communauté des donateurs et des limites au financement des organisations non gouvernementales. Elles ont insisté sur le fait que cela ne devait pas cacher le besoin de réflexivité et de réévaluation de notre mission et de nos fonctions. Les facteurs extérieurs qui affectent le financement mettent la pression sur les organisations de femmes et rendent plus difficile le travail autocritique entamé par beaucoup de nos groupes au tournant du siècle. Ce processus était sensé nous aidé à nous concentrer sur les ajustements de notre structure organisationnelle afin de faire face aux nombreuses difficultés d'un monde où la rareté et le conflit sont globalisés et de nous saisir des opportunités crées par les communications quasi-gratuites et instantanée qui nous permettent de développer la prise de conscience, le partage de nos expériences, la solution de problèmes et le militantisme. Ce processus est important et ne doit pas être relégué au second plan par l'atmosphère de peur et d'insécurité actuelle et les limitations de ressources qui en découlent.

STRATEGIES

Afin d'être pro actif dans le règlement de ces problèmes, les partenaires de WLP recommandent les stratégies suivantes :

• Souligner l'universalité des droits et la relativité de leurs mises en œuvre
• Contextualiser notre langage et notre message afin de minimiser la confrontation et permettre la plus grande inclusion tout en soulignant l'universalité des droits
• Incorporer les concepts des droits humains des femmes dans le contexte des droits sociaux et économiques
• Prendre conscience de la nature politique de notre travail et de l'importance d'accéder à des postes de prise de décision politique
• Former des alliances avec des leaders culturels et religieux afin de développer le soutien pour les droits des femmes
• Encourager les dialogues et les débats interreligieux sur les restrictions communes ainsi que sur les textes qui soutiennent les droits des femmes
• Construire des réseaux d'actions et des échanges d'expériences ciblées afin de mener des campagnes efficaces contre les législations restrictives à l'encontre des ONG
• Reconnaitre les femmes comme des citoyennes à part entière ayant tous les droits humains accordés par cette citoyenneté
• Reconnaitre l'importance et le renforcement nécessaire de notre modèle de partenariat qui réunit régulièrement des organisations autonomes et indépendantes ayant une vision partagée et des concepts et des méthodologies élaborées en commun
• Renforcer l'aspect "formation" de nos organisations, c'est à dire la flexibilité nécessaire pour répondre à l'environnement en perpétuel changement dans lequel nous travaillons et évoluons
• Renforcer la communication grâce aux technologies
• Mettre l'accent sur les plans de durabilité et de développement des capacités organisationnelles dans l'ensemble du partenariat
• Donner le pouvoir d'action à une nouvelle génération de leaders en mettant en place des programmes mentors spécifiques afin de faciliter les transitions de leadership entre génération
• Faire connaitre notre modèle de leadership inclusif, participatif, horizontal et basé sur le dialogue
• Développer la capacité de leadership des jeunes filles et accélérer les transitions pour les leaders émergeantes
• Inclure un programme de services dans notre travail dans des situations post-conflit.